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jeudi 14 octobre 2010

L'intérêt de la méditation : une société juste (Krishnamurti)

Par opposition à la distraction, puis au vacarme du mental qui parle tout le temps comme un imbécile dans notre tête (la mienne en tous les cas), l’attention totale constitue le moyen d’en venir à bout. 



(...)

" Êtes-vous attentif à ce que dit l’orateur en ce moment même?, demande Krishnamurti lors d'une conférence. Ou écoutez-vous en ayant l’esprit prompt à la comparaison […]? L’attention, c’est autre chose, n'est-ce pas? Mais si votre attention implique votre être tout entier – votre corps, vos nerfs, vos yeux, vos oreilles et votre esprit – il n'existe plus alors de centre à partir duquel rayonne l'attention – il n’y a plus que l’attention pure. Et cette attention est silence absolu. Écoutez-moi bien! dit-il. Car personne d’autre ne vous tiendra de tels propos, malheureusement, alors de grâce soyez pleinement attentif […] "

" La vertu, c’est l’ordre, et l’ordre ne peut être compris que lorsqu’on a exploré à fond le désordre qui règne en soi. Nous menons, il est vrai, des vies désordonnées : c'est un fait. Le désordre, ce sont les contradictions, la confusion, la diversité des désirs péremptoires, les actes démentant les paroles, les idéaux auxquels on s’accroche, et le clivage entre soi-même et ses idéaux. Le désordre, c’est tout cela, et lorsque vous en prenez conscience et que vous y accordez votre attention pleine et entière, cette attention fait éclore l’ordre, c’est-à-dire la vertu – qui est quelque chose de vivant, que nul artifice, nulle pratique n’ont jamais défigurée.

" La méditation vécue au quotidien n’est autre que la transformation de l’esprit, c’est une révolution psychologique qui fait que l’existence quotidienne telle que nous la vivons […] est pleine de compassion, d’amour, et de l’énergie nécessaire pour transcender toute forme de médiocrité, de petitesse, de superficialité. Quand l’esprit se tait – qu’il est réellement silencieux, mais pas de manière forcée, sous la contrainte d’un désir, d’un vouloir – il naît alors un mouvement d’un tout autre genre qui n’est pas de l’ordre du temps. […]

" La méditation est nécessaire à la compréhension même de notre existence quotidienne. Cela veut dire qu’il vous faut être totalement attentif à ce que vous faites, à votre façon de vous adresser aux autres, à votre façon de marcher, de penser, à ce qui fait l’objet de vos pensées : prêtez attention à tout cela fait partie intégrante de la méditation ".

mardi 12 octobre 2010

«Si la seule prière que tu faisais dans ta vie était "merci", ce serait suffisant.» – Maître Eckhart

Par Marie-Pier Charron:

Dire merci à la vie... J’ai longtemps tenté de le faire à la fin de la journée, sans jamais vraiment réussir à le vibrer. Je voyais plutôt les raisons de m’inquiéter, à l’époque, et les petits drames intérieurs que j’avais l’habitude de me créer. Et remercier quoi, de toute façon? Je n’avais jamais cru en ce Dieu «Père Noël» qui livre des présents (ou non). Et comment aurais-je pu ressentir de la gratitude pour les trésors de ma vie alors que plusieurs vivaient de grandes souffrances? À mes yeux, cela n’avait pas de sens. S’il y avait ne serait-ce qu’une seule personne qui n’avait pas accès aux mêmes privilèges que moi, je ne voyais aucune raison de remercier quoi que ce soit.

Puis, au fil du temps, j’ai compris (du moins, je le crois...). Graduellement, en glissant doucement de ma tête vers mon cœur, un «merci» extrêmement vrai et profond a commencé à émerger naturellement de moi... Une sorte d’état de grâce, un débordement de joie. Ce n’était pas un «merci de» ou un «merci pour». Ce n’était pas un merci à la vie juste pour moi. En fait, c’était plutôt la vie elle-même qui disait merci à travers moi. Et j’ai finalement compris que la gratitude n’est pas un simple sentiment, mais bien l’essence de ce que nous sommes, de ce que je suis. «Merci» n’est pas un mot, c’est le sens de la vie. Et c’est pourquoi on se sent si bien lorsqu’on le dit.

Je vous dis donc un beau «merci»... Un peu comme on dit namasté en sanskrit.
Source: Matin Magique du 10/10/2010: http://www.matinmagique.com/o11.html

vendredi 1 octobre 2010

Jon Kabat-Zinn - La Pleine Conscience

La Pleine Conscience...
« C'est la contemplation du moment présent dans un esprit d'attention et de discernement »
- Jon Kabat-Zinn


La Pleine Conscience est une ancienne pratique bouddhiste qui s'applique parfaitement à nos vies contemporaines. Cette pratique a tout à voir avoir avec l'éveil de notre conscience et le désir de vivre en harmonie avec soi-même et le monde qui nous entoure. Il s'agit de prendre conscience de qui nous sommes, d'un questionnement sur le monde et de notre place dans le monde. Il s'agit d'apprécier la plénitude de chaque moment que nous vivons et surtout, d'être en contact avec notre être dans sa plénitude.


Du point de vue bouddhiste, notre état de veille ordinaire est très limité et contraignant. La méditation nous aide à sortir de cet automatisme inconscient, nous donnant ainsi la possibilité de réaliser toutes nos capacités conscientes et inconscientes.
Des sages, des yogis, des maîtres Zen, ont exploré systématiquement ce domaine depuis des siècles; ce faisant, ils ont découvert des horizons qui peuvent être bénéfiques à l'occident dont la culture est davantage orientée vers le contrôle et la domination de la nature par l'homme. Nous avons négligé le fait que nous faisons également partie de la nature. L'expérience collective de ces maîtres nous apprend qu'en explorant l'essence de notre psyché et son fonctionnement, nous pourrions vivre avec plus d'harmonie et de sagesse. Ils présentent aussi une conception du monde complémentaire à l'esprit matérialiste et réducteur qui domine actuellement la pensée et les institutions occidentales. Ce point de vue n'est pas l'apanage de la mystique orientale. En 1846, le grand écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau, évoquant avec passion le bonheur du moment présent dans la simplicité de sa vie dans la Nouvelle-Angleterre, dénonçait déjà les pièges de la société de consommation et du culte de l'argent.

La Pleine Conscience est au coeur de la méditation bouddhiste. Le concept fondamental en est simple. Son pouvoir réside dans sa pratique et ses applications. La Pleine Conscience signifie " faire attention " d'une manière particulière: délibérément, au moment présent et sans jugements de valeur. Cette sorte d'attention nourrit une prise de conscience plus fine, une plus grande clarté d'esprit et l'acceptation de la réalité du moment présent. Cela met en évidence le fait que nos vies sont une succession de moments où nous avons intérêt à être présents.

Une conscience distraite du moment présent crée en nous des problèmes renforcés par nos peurs et notre manque de confiance en nous - problèmes qui ne feront que s'amplifier avec le temps. Ainsi, nous nous sentons parfois enlisés dans les difficultés de la vie, ayant perdu le contact avec la réalité et avec les autres. Nous n'avons plus l'énergie de rassembler nos forces dans une direction précise qui nous apporterait plus de satisfactions et, entre autres, une meilleure santé.
La Pleine Conscience est une moyen simple mais efficace pour se débloquer, pour prendre contact avec nos propres ressources vitales, pour cultiver notre rapport avec la famille, avec la vie professionnelle, avec le monde et, surtout, avec notre propre personne.

Si cette voie est la base du bouddhisme, du taoïsme, du yoga, de la tradition indienne des Indiens d'Amérique du Nord, nous la trouvons aussi dans les œuvres d'écrivains tels que Ralph Emerson, Henry Thoreau, Walt Whithman ou Novalis. C'est la contemplation du moment présent dans un esprit d'attention et de discernement. C'est le contraire de l'attitude qui consiste à prendre la vie pour de l'argent comptant.

Cette attitude de s'accrocher au temps à venir plutôt qu'au temps présent conduit à une méconnaissance du chemin de la vie où l'on reste trop souvent embourbé. Cela correspond aussi à une méconnaissance de nous-mêmes. Notre perception des autres et du monde autour de nous est limitée.

Les religions, par tradition, ont tenté d'apporter des réponses à ces questions fondamentales. Mais la Pleine Conscience a peu de chose en commun avec la religion, à part la volonté d'approfondir le mystère de la vie et notre interdépendance avec tout ce qui existe.
Lorsque nous nous engageons à " prêter attention ", avec un esprit ouvert, dénué de tout préjugé, en faisant abstraction de nos sympathies ou de nos antipathies, de nos projections et de nos espoirs, de nouvelles possibilités s'ouvrent à nous qui nous permettent de nous libérer de la camisole de force de l'inconscient.

J'aime définir la Pleine Conscience comme un art de vivre. Il n'est pas nécessaire d'être un bouddhiste ou un yogi pour le pratiquer. En fait, si vous êtes tant soit peu familier avec le bouddhisme, vous saurez que la chose la plus importante est d'être soi-même et non pas d'essayer de devenir quelqu'un que vous n'êtes pas. Le mot " Bouddha" signifie celui ou celle qui s'est éveillé à sa vraie nature.
Ainsi, la Pleine Conscience n'entre pas en conflit avec des concepts religieux - ou scientifiques - et n'essaie pas de propager un système de pensée ou une idéologie. C'est simplement un procédé pratique pour développer le potentiel de chacun. Le processus n'a rien d'une analyse froide et insensible. Au contraire, ses attributs sont la douceur, l'appréciation du moment présent, l'amour de soi et des autres.

Jon Kabat-Zinn
« Où tu vas, tu es »
Éditions Jean-Claude Lattès, 1996